★ Un dernier hommage… ★

Je ne sais trouver les mots et pourtant j’aurais tant de chose à dire sur lui.
Mais depuis dimanche, je me sens à la fois triste et apaisée. Je viens de perdre mon grand-père, mon dernier grand-père, celui qui s’est tant occupé de nous lorsque nous étions petites, celui qui nous proposait milles et une activité manuelle (préparant des cadeaux pour la fête des mères, nous proposant de faire du plâtre, de la peinture, nous fabriquant des poupées à partir d’une boule de lessive et de trois fois rien, nous amenant à la grande bibliothèque de Tours…). Sur mon premier blog, il y a trois ans, j’avais écris un texte reprenant quelques uns de mes souvenirs, si le coeur vous en dit, c’est ici. Je viens donc de perdre ce grand-père si doux et patient qui a su rendre nos mercredis après-midis bien remplis. Et puis il y a cet hommage qui m’a beaucoup ému que mon père (son fils) lui rend ici.

Mais je me sens plus apaisée qu’au décès de ma grand-mère il y a tout juste un mois. Peut-être parce que j’imagine qu’ils se sont « retrouvés », peut-être parce que je sais, tout comme pour ma grand-mère, que c’est ce qu’il y avait de mieux pour lui, peut-être parce que je sais qu’il est lui aussi partit sereinement accompagné par une de mes tantes… Beaucoup de peut-être sans vraiment de réponse mais je suis contente pour lui…

Une fin d’année un peu dure et triste pour moi, pour nous avec beaucoup de fatigue accumulée depuis que Misha ne fait plus ses nuits (depuis le décès de ma grand-mère il y a un mois). J’aimerai pouvoir passer à autre chose, me remémorant tous ces jolis souvenirs. Il ne me reste plus qu’une grand-mère qui elle non plus n’a plus de motivation à vivre, qui « déraille » de plus en plus et qui a envie de rejoindre son mari…
Vivement que l’année se finisse et que l’on passe à « autre chose »…

Photo faites en janvier 2011

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★ Bref, je pense à eux… {Des mardis tout doux} ★

« Dans la vie, au début on naît, à la fin on meurt. Entre les deux il se passe des trucs » -phrase piquée à Bref-. Aujourd’hui, je ne vais pas parler de naissance, ni de mort, mais des trucs qui se passent entre les deux.

Je les ai laissé il y a tout juste un an. Pendant presque un an, je suis allée les vendredis matin chez mes grands-parents pour accompagner mon grand-père faire leurs courses. Mes grands-parents, je ne les appelle pas Papy et Mamy comme tout le monde. Je n’y arrive pas et quand je le fais, ce n’est pas naturellement. Je les appelle par leurs prénoms Abel et Geneviève. Depuis toute petite déjà, il parait que c’est moi qui ait commencé à appeler mon grand-père par son prénom. Je ne m’en souviens pas. Ça fait toujours bizarre à certaines personnes que je les appelle par leurs prénoms, moi pas. J’appelle aussi mes parents par leur prénoms: Fred et Freddy, d’ailleurs, ce ne sont pas leurs prénoms puisqu’ils s’appellent, en vérité, Frédéric et Frédérique.

Pour en revenir à mes grands-parents, le vendredi matin, j’allais chez eux vers 8h30/9h00. Je retrouvais Geneviève, dans sa cuisine qui me donnait la liste et les consignes. La liste était toujours précise « 2 paquets de 2 tranches de jambon herta cuit à l’étouffé » (non, il ne fallait pas prendre celui sans sel « qui n’est pas bon », ni un paquet de 4 tranches). Elle savait ce qu’elle voulait, précisément. Geneviève ne pouvait plus sortir de chez elle, incapable de descendre les marches qui menaient à l’escalier ni marcher ensuite. Mais elle connaissait tout et avait bien toute sa tête. Sa liste précise était même écrite dans l’ordre des rayons (et pourtant, cela faisait combien d’années qu’elle n’avait pas pu aller au Géant?), mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que l’entrée par le rayon frais n’existait plus, on commençait donc toujours les courses parce qu’il y avait écrit en bas! Elle me découpait les références sur les paquets en carton pour que je voie et comprenne bien ce qu’il fallait acheter. Abel avait aussi sa liste de course, écrite sur le dos d’un bout de carton d’un de ses paquets de céréales. Les listes étaient identiques, mais chacun avait écrit la sienne.
Pendant ce temps, Abel qui finissait de se préparer, il enfilait une paire de chaussure, une veste et toujours une casquette. Dans la poche de sa chemise y trônait un stylo et autour de son coup, avec un cordon de pub violet son téléphone portable.

Au moment de partir, Geneviève s’assurait qu’Abel avait assez de sac dans sa voiture, qu’il avait bien pris sa carte bancaire (et me redemandait si je connaissais bien le numéro), qu’il avait les clés du garage, son téléphone et qu’il était assez couvert. Elle s’assurait aussi que ce soit moi qui conduise la voiture.

Et voilà, nous partions tous les deux pour un peu plus d’une heure de courses, faite à un rythme tout doux. C’était la sortie de la journée d’Abel et sûrement aussi une sortie qu’il attendait toute la semaine. Sur le chemin jusqu’au garage, il prenait de mes nouvelles, de celle de ma famille: « Et ton père, ça se passe bien le travail? »… mon père était en arrêt longue maladie (et définitif) depuis au moins 4 ans. Arrivée au garage, je sortais la voiture, il fermait le garage et nous allions au Géant.
Sur le parking, j’avais compris qu’il était important pour lui de se garer toujours vers le même endroit. Il allait chercher avec son jeton le caddie et le pousser le long des courses. Nous faisions les courses tout doucement, je le laissais chercher sur sa liste ce qu’il fallait acheter, réfléchir dans quel rayon ça se trouvait. Je faisais aussi ma blonde arrivée devant le rayon, faisant mine de ne pas trouver LE beurre « Elle et vire je ne sais plus combien de matière grasse, mais il ne fallait pas se tromper ». Le beurre était toujours au même endroit, mais il mettait toujours du temps à le trouver. Je le laissais donc chercher et réfléchir pour que les courses durent plus longtemps parce qu’il appréciait ça et n’aimait pas être brusqué. Au rayon fromage, nous allions voir la fromagère (zut, je ne me souviens plus de son prénom, mais quand il parlait d’elle, il l’appelait toujours par son prénom. Nicole peut être?). Il prenait de ses nouvelles, se plaignait parfois gentillement de son absence la semaine précédente. Il me présentait aussi fièrement, racontant souvent une petite anecdote de moi lorsque j’étais petite.

Durant les courses, il avait des moments où il était un peu moins cohérent ou surprenant (« kiwi? c’est quoi déjà…?? ah oui, le truc marron avec du vert à l’intérieur »). J’aimais ces petites blagues qu’il faisait. A la fin des courses, nous avions beau avoir pris notre temps, c’était trop court pour lui. Alors, il vérifiait sa liste de courses plusieurs fois, relisant ce qu’il avait déjà barré au fur et à mesure, vérifiant que tout était bien dans le caddie, réfléchissant sur ce qu’il avait écrit. Je le laissais faire, c’était sa manière de faire durer les choses. A chaque fin de courses, il disait « oh, je voulais acheter quelque chose, mais je ne sais plus c’est quoi », et nous arpentions à nouveau les rayons à la recherche de rien du tout, juste du temps passé à deux hors de chez lui. Au moment de payer, il cherchait toujours sa carte bancaire, faisant toutes ses poches avant de remettre la main dessus.

Puis, nous nous arrêtions toujours à Paul pour acheter une gourmandise, un croissant ou pain au chocolat. Une petite douceur pour lui et/ou Geneviève et/ou Catherine et moi. Et nous repartions chez lui. On rangeait la voiture au garage et apportions les courses à Geneviève. Je m’assurais de ne pas m’être trompée pour telle ou telle chose, m’excusant de ne pas avoir pu ramener une autre à cause d’une rupture de stock…
Je ne l’aidais pas à ranger ses courses, elle préférait les ranger seule, à son rythme. Avant de partir, j’avais toujours le droit à un chèque. Celui-ci me mettait très mal à l’aise et me gênait. Non, je n’accompagnais pas mon grand-père faire ses courses pour de l’argent. C’était pour moi une sortie que j’attendais tout autant que lui. Les jeudis soir, je me couchais contente de savoir que j’allais le retrouver le lendemain. Pour moi, c’était un moment à nous deux, où je re-découvrais mon grand-père après 14 ans où nous ne nous voyions que très peu puisque nous avions déménagé. Nous tissions une nouvelle relation, je découvrais mon grand-père avec qui j’avais passé beaucoup de temps étant petite. Mais ma grand-mère insistait pour me donner ce chèque. Je finissais par l’accepter, c’était comme ça qu’elle fonctionnait, c’était sa manière de me remercier. Je m’en allais ensuite chez moi, leur disant « à la semaine prochaine ».

J’ai ainsi fait les courses avec Abel pendant presque un an, le temps de mon stage de dernière année d’EJE. J’ai vraiment aimé passer du temps avec lui. Mon stage s’est fini, j’ai du retourner à l’école, à Nantes. Lorsque je retournais sur Tours, je me proposais pour l’accompagner faire ses courses. Et puis Juju a changé de travail, revenant à nouveau sur Nantes. Nous avons donc déménagé et j’ai complètement arrêté de faire les courses.

Depuis, je suis retournée qu’une seule fois sur Tours, en janvier dernier pour leur annoncer que j’étais enceinte. J’étais fière et contente et je souhaitais leur annoncer de vive voix. J’avais aussi prévu d’aller leur présenter mon Bébé, Misha lorsqu’elle serait née, sûrement en août je m’étais dit.

Seulement voilà, les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite ou comme on l’imagine. En juin/juillet, les choses se sont accélérées et ont tout changé. Mes grands-parents ne sont plus tout jeune, ma grand-mère a eu des problèmes de santé et a été hospitalisée.
Mon grand-père a aussi dû être pris en charge. En étant seul, il s’est retrouvé désorienté, perdant son repère, sa routine et laissant une place grandissante à « son Alzheimer ». Il erre donc d’hôpital en maison de repos, du service psy, urgences…
Lui qui était si gentil, si doux et si calme se retrouve à avoir des excès de violences qu’il ne peut contenir, des moments où il n’arrive pas à être apaisé. Les médicaments l’aident à être moins angoissé. En un an, « son Alzheimer » l’a envahit, de plus en plus présent, allant jusqu’à méconnaître, entre autre, son fils -mon père-. Il n’a pas complètement tout oublié, tout perdu, ses souvenirs les plus anciens sont encore présents. Cela me rappelle mes cours de master de psycho très intéressants sur la mémoire et les différentes formes de mémoire et de pertes de mémoire. Quand mon père lui a dit que j’avais accouché, il n’en revenait pas. Ses souvenirs qu’il a de moi datent de quand j’étais toute petite, alors imaginer que je suis aujourd’hui maman est bien compliqué.

Ma grand-mère a toujours dit qu’elle avait  » de quoi mourir » et qu’elle restait là que pour mon grand-père. Elle qui a toute sa tête (ou en tout cas, une très grande partie) mais qui est bloquée par ce corps qui ne lui permet pas de faire tout ce qu’elle souhaite se retrouve dans un endroit qui n’est pas chez elle. Fini le minimum de confort, les repas de choses qu’elle aime, son quotidien, sa routine. Là voilà dans un lieu où on lui sert à manger suivant son régime (sans sel, sucre et autres choses qui dans notre quotidien nous paraissaient évidentes), où elle s’ennuie aussi terriblement. Elle regrette de ne pas « être partie » avant, de ne pas avoir pris ses médicaments. Mais jusqu’à présent, mon grand-père disait que la vie lui plaisait, que lui n’avait pas envie de mourir, il était bien, tout simplement.

J’aimerai aller les voir, mais je n’ose pas. Déjà parce que mon père (qui a fait les allers-retours dans la journée tout cet été) m’a dit que ce n’était pas le moment, que je devais attendre encore un peu. Mais attendre quoi? Qu’ils soient à nouveau ensemble? Qu’ils aillent mieux? Que Geneviève veuille bien que je vienne? Je crois que rien de tout ça n’est prêt à arriver.
J’avais tellement envie de leur présenter Misha mais aussi envie de présenter mes grands-parents à Misha. Même si ce n’est qu’un bébé, c’est important pour moi qu’elle les rencontre, que je puisse lui en reparler plus tard aussi. J’ai de bons souvenirs avec mes arrières-grands-parents. Pour le moment ce n’est pas possible… J’attends, je patiente… j’espère que cela va être possible. Mais de toute façon, je lui en parlerais, je lui montrerais des photos (je crois que je n’ai qu’une photo de ma grand-mère, elle refuse toujours qu’on la prenne en photo).
Et puis moi, j’ai aussi envie de les revoir… bientôt je l’espère aussi.

Voilà, la vie c’est ça, on naît, il se passe des choses: on vit et partage des choses, créé des relations… et puis un jour on mourra, laissant sûrement et souvent une petite trace dans la tête et le cœur d’autres…

Photo faites en janvier 2011

Courses du vendredi avec Nils qui était en vacances chez moi. Je les aime beaucoup ces photos, la complicité que l’on peut voir et je trouve qu’ils se ressemblent!

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Des p’tits moments avec mes grand-parents pour participer aux mardis tout doux de Maman@homework.

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Mes matinées avec Abel

Une page sur Tours se referme doucement. Nous sommes venus à bout de nos cartons (la chambre en est pleine) et Juju m’a rejoint vendredi soir et a vidé la cave. La maison est encartonnée et prête à être déménagée. Ce n’était pas gagné d’avance!

Jeudi dernier, avec Sam et Nils, nous avons accompagné pour la dernière fois Abel faire ses courses. Depuis le temps que j’en parlais à Sam, elle était contente de pouvoir venir avec nous. Et être fièrement présentés à Nicole (la fromagère bien sûre) comme ses petites filles et arrière petit fils!
Nils était content d’être avec Papy Abel, lui donner la main, jouer au « macho » contre Sam et moi… En plus, Abel lui a donné un petit trésor: la pièce d’1 euros du caddie. Il l’a gardée, montrée à tout le monde et en est très fier de SA pièce!

Se coller un maximum d’étiquettes avec l’aide de Tata Salomé!

Passage ritualisé chez Paul,

Ils se ressemblent, non?

Quand nous étions petites, nous passions beaucoup de temps avec eux. Abel nous préparait toujours des supers activités (fabriquer des poupées, coudre une marionnette, faire un tableau en plâtre…) et en plus chez eux, on pouvait regarder des films (grande préférence pour ma part pour Mary Poppins et Peter et Elliott le dragon). J’ai vraiment de bons souvenirs avec eux. J’en avais déjà parlé ici ( sur le premier blog de Tiny ). Une fois que l’on a déménagé sur Nantes,en 1995, nous nous sommes un peu éloignés. Nous avions beau venir régulièrement sur Tours au début, ce n’était plus pareil de venir passer une heure ou deux chez eux!
Accompagner Abel faire ses courses a vraiment été un moyen de se redécouvrir!! Des moments de complicité et de rires qui venaient égailler mes vendredis matin…

* Découvrir ses arrières-grands-parents *

Dimanche après-midi, nous sommes allés chez Abel et Geneviève (mes grands-parents paternels). Pour Nils et Aïko, il me semble que ce n’était que la deuxième fois qu’ils les voyaient. Après avoir fait un peu leur timide, ils ont passé un bon moment! Liam a été voir avec Abel sa collection de timbres, Aïko et Nils ont joué avec la caisse de jeux (d’Eve) et aussi avec le fauteuil d’Abel, étonnant non?

Cette fois-ci, Nils n’a pas dit comme la dernière fois « t’es en pyjama Mamy? » 😉 au bout d’un moment il a quand même demandé « c’est lui Papy Abel? », sacré Nils! Aujourd’hui d’ailleurs, il me reparlait de « mamy Abel »… euh, Mamy, elle s’appelle Geneviève, pas Abel! En partant, les gars m’ont dit « on reviendra chez eux cette semaine? »! Jeudi matin, nous accompagnerons Abel faire ses courses.

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Aïko, qui après avoir vu Geneviève se lever à dit  » Maman, moi aussi je veux faire ça »! Ca, c’est le déambulateur!! (magnifique Aïko sur la photo)

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